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Kinshasa : écrire la mémoire, inventer l’avenir

Par Marie Guthmüller

©Susanne Gehrmann

Pendant trois jours, la Grande Rentrée Littéraire de Kinshasa a fait entendre une multitude de voix : celles des écrivain.e.s de la capitale, des auteur.e.s de Goma et de Bukavu, des jeunes poètes, slameurs, mais aussi celles du théâtre et de la tradition orale. Une rentrée placée sous le signe de la mémoire, mais aussi résolument tournée vers l’avenir.

Pour sa neuvième édition, organisée du 10 au 12 septembre 2026, la Grande Rentrée Littéraire de la capitale de la République démocratique du Congo s’est déployée dans plusieurs directions : littérature, théâtre, bande dessinée, slam et musique. Le thème choisi cette année, « Littérature : gardienne de mémoire et clé du développement intégral », donnait à l’ensemble de la manifestation une tonalité particulière. Le Congo-Brazzaville devait être le pays invité. Dès l’ouverture, la littérature apparaît comme une affaire de voix et de corps. Une danse et un chant Kasala, qui sert à honorer une personne en tshiluba, ouvrent la rencontre. Puis viennent les salutations, les écrivain.e.s invité.e.s, les représentant.e.s de la bande dessinée et les interventions qui se succèdent. Quelques rues plus loin, à l’Académie des Beaux-Arts, le Salon africain de la bande dessinée propose de son côté le thème « La vie, rien que la vie ». La Rentrée littéraire devient ainsi, plus largement, une rentrée culturelle. Parmi les invités figure Philippe Marczewski, écrivain belge et lauréat du prix Rossel en 2021. Sa présence rappelle aussi que cette rentrée cherche à faire circuler les littératures au-delà de l’espace congolais. Cette circulation sera l’un des fils rouges des discussions : comment faire connaître les livres congolais à des lecteurs qui ne partagent ni les références, ni les expériences ? Et faudrait-il le faire ? À qui ces textes s’adressent-ils au juste ? S‘adressent-ils à un public spécifique ?

La question surgit notamment autour de 207 ou esprit de mort. Chroniques de Kinshasa de Donatien Mpudi. Le titre est immédiatement parlant pour un Kinois : le « 207 » évoque les bus Mercedes qui ont longtemps constitué et continuent à constituer une partie importante des transports urbains, tandis que « esprit de mort » renvoie à l’expérience des accidents de circulation. Mais ce même titre risque de rester énigmatique pour un lecteur qui ne connaît pas Kinshasa. Faut-il alors expliquer, adapter, rendre plus « universel » le livre congolais ? La réponse de Richard Ali, directeur de la bibliothèque du centre Wallonie-Bruxelles et organisateur du festival, est nette : « mon monde est mon local ». Il n’est pas nécessaire de renoncer à ce qui fait la singularité d’un lieu pour toucher un public plus large. Reste néanmoins une difficulté très concrète : comment faire sortir les livres de la RDC ? Les échanges avec les Éditions de la Colline inspirée ont rappelé les obstacles auxquels se heurtent les maisons d’édition locales et la nécessité de penser aussi à la circulation matérielle.

©Marie Guthmüller

Un deuxième grand sujet de la rencontre est au même temps très contemporain et très universel : l’intelligence artificielle. La présentation de l’anthologie Au temps du numérique ouvre une discussion sur les rapports entre technologie, enseignement et création. L’IA peut aider à corriger, mettre en forme ou même stimuler l’écriture. Mais que se passe-t-il lorsque la machine commence à produire toute seule des textes littéraires ? Richard Ali raconte une expérience parlante : un poème qu’il avait fait générer en quelques secondes a suscité un accueil enthousiaste. La machine avait réussi à produire l’effet attendu. La question devient alors moins celle de savoir si l’IA peut écrire que celle de savoir ce qui fait la valeur d’un texte. Un récit présenté dans l’anthologie met en scène une famille confrontée à l’impact des téléphones portables, aux réseaux sociaux, au deep fake et à leurs conséquences. La technologie y apparaît à la fois comme promesse et comme danger.

À côté de ces débats, la Rentrée donne largement la parole à une génération d’auteurs et d’autrices qui écrivent à partir de leur environnement immédiat. Les titres se succèdent : Idylle obsidienne d’Alice Sakina, Un interdit retour de Victoria Ndaka Massamba, Poèmes de l’âme et du temps d’Aaron Ndenge, Le chaînon manquant Éveil d’Akhenaton Mwenabantu, Entre ombres et lumières de Jessica Modua Mabiki, Kodjo et le Trésor de la Forêt de Ketsia Mavinga, Le poids du sang de Hendrik Luzolo Kupamusu ou encore Les fables de Marleine Kenny Ekanga. Poésie, prose, récits pour enfants et écriture autobiographique témoignent d’une scène littéraire diverse. Ce qui revient dans leurs interventions, c’est le rapport entre littérature et expérience vécue. Pour certains, écrire permet de transformer une épreuve personnelle ; pour d’autres, la littérature devient un moyen de défendre les droits des enfants ou de parler de la condition féminine. La littérature apparaît moins comme une activité séparée de la vie que comme une manière de lui donner forme et sens.

©Susanne Gehrmann

Le théâtre pousse cette logique encore plus loin. L’adaptation du roman Maudit-soit-il ! de Christian Gombo entraîne le public dans un univers de violence, de folie, d’accidents et de morts. Le texte est difficile à jouer, parfois même difficile à prononcer, la question de sa traduction en lingala surgit naturellement. Avec L’Évangile du griot de Nzey Van Musala, la scène revient à une autre forme de mémoire : celle de la parole ancestrale. La pièce revendique un « griotisme moderne » et joue avec les frontières entre tradition, théâtre et rituel. Les costumes et les décors sont réduits à quelques signes : une feuille suffit à représenter la forêt, une case le village. Le griot est soumis à un examen sans complaisance : est-il réellement initié ? Peut-il se prétendre dépositaire de la parole ancestrale ? La pièce fait de la mémoire un objet de transmission, mais aussi de contestation.

C’est cependant la rencontre avec les écrivains de Goma et de Bukavu qui donne au thème de la mémoire sa dimension la plus immédiate. Sous le titre « Voix de Goma », les auteurs parlent d’une région où la guerre est devenue une expérience quotidienne. Paola Farini Salama formule cette réalité de manière saisissante : « Nous sommes nés avec la guerre ». Les coups de feu du soir deviennent ordinaires. Mais son écriture ne veut pas pour autant se réduire au récit de la guerre. Il faut transmettre ce qui s’est passé, tout en continuant à « faire » de la littérature. Steve Aganze pose à son tour une question essentielle : que peut faire la littérature face aux chiffres ? Derrière les millions de morts se trouvent des vies singulières, des histoires et des expériences qu’il faut rendre perceptibles. Mais cette démarche comporte un risque éthique : comment parler de la souffrance des victimes sans parler à leur place ? L’écrivain se trouve ainsi entre plusieurs positions, celle du témoin, du journaliste et de l’auteur littéraire. Pascal Boroto, de Bukavu, part lui aussi d’une expérience personnelle. Le nom de ma mère est né de la perte de sa mère et de la volonté de comprendre son engagement politique et son travail en faveur des droits humains. Il part lui-même comme journaliste dans les camps pour écouter les victimes. Là encore, la question revient : que peut dire la littérature que les statistiques ne disent pas ? La littérature devient une forme d’écoute, mais aussi une manière de conserver des voix et des expériences qui risquent de disparaître.

Prix Zamenga ©Susanne Gehrmann

Les discussions font toutefois apparaître une difficulté : dans une situation de crise immédiate, il est difficile de distinguer le témoignage, la fiction et la propagande. Prendre de la distance avec l’événement permettrait à la fiction de retrouver une plus grande liberté. Mais faut-il tracer les limites de manière aussi stricte ? C’est peut-être cette tension entre mémoire, intervention et invention qui caractérise le mieux la Rentrée littéraire de Kinshasa 2026. La littérature y est appelée à conserver les traces du passé et du présent, mais elle ne se contente pas de les archiver. Elle les transforme, les met en scène, les raconte autrement. Elle passe du livre au théâtre, du récit au slam, de la langue écrite à la parole performée. La soirée du deuxième jour, sous le titre « Poésie urbaine, rythmes et vérités : la jeunesse slamme la mémoire et l’avenir », résume bien cet esprit. Le troisième jour, la Rentrée atteint son apogée : la remise du Prix Zamenga récompensant la meilleure nouvelle de 2026. Dix jeunes autrices et auteurs sont distingués, citons les trois premiers : 1. Emmanuel MUSA MBWISHA (Lubumbashi) pour Reponse, enseignant de la paix ; 2. NARCISSE TSHEBE BALABEBE (Kinshasa) pour La tasse inachevée ; 3. Giresse MULUMBA Mungier (Kinshasa) pour Le procès de demain. Ces nouvelles très variées le montrent eux aussi : la mémoire est une manière d’interroger l’avenir. Entre les voix de Kinshasa, celles de Goma et de Bukavu, les nouvelles, le théâtre, la parole ancestrale et les interrogations sur l’intelligence artificielle, cette neuvième édition aura surtout montré une littérature congolaise en mouvement, attentive à son histoire mais résolument tournée vers les formes de demain.

Autres impressions:

©Susanne Gehrmann
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Visite de LOSA (Loboko ya Sansa), Soigner par l’art, Maison des Arts, le 9 septembre 2026 à Kinshasa

Par Marie Guthmüller

© Susanne Gehrmann

Après un long trajet à travers les rues animées de Kinshasa, nous arrivons dans le quartier verdoyant de Binza, dans la commune de Ngaliema. Une belle maison récemment construite et aménagée, peinte en jaune et en couleurs vives, nous accueille. Le Centre LOSA (Loboko ya Sansa), Soigner par l’art, conçu et dirigé par l’artiste Géraldine Tobé et ses amis avec le soutien de l’Institut français, a ouvert ses portes en décembre 2025. Géraldine Tobé est l’une des artistes de la République démocratique du Congo les plus connues sur la scène internationale: cet été, elle a exposé, avec Sammy Baloji, Arlette Bashizi, Patrick Bongoy, Damso, Gosette Lubondo, Nelson Makengo, Aimé Mpané et Léonard Pongo, dans le pavillon de la RDC à la Biennale de Venise. Mais elle ne souhaite pas apparaître comme un maître, et surtout pas comme quelqu’un qui ne travaille que pour son propre compte. Car, comme elle nous l’explique, l’art doit aujourd’hui retrouver ses fonctions au sein de la communauté, fonctions qu’il aurait depuis longtemps perdues dans les sociétés occidentales et qu’il a également perdues peu à peu au Congo, dès le début de la colonisation. C’est aussi la raison pour laquelle LOSA se trouve à l’extérieur du centre-ville: l’équipe souhaite contribuer à une décentralisation des infrastructures culturelles et à un art davantage tourné vers la communauté.

© Susanne Gehrmann

La maison que nous font découvrir Géraldine, Jeanpy et Irna, jeune artiste en résidence, dispose d’une infrastructure généreuse destinée à accueillir les différents projets qui constituent les trois volets de LOSA: promouvoir l’art contemporain, soigner par l’art et faire connaître le patrimoine culturel. À côté des bureaux administratifs, on trouve une salle multimédia, une salle d’art-thérapie, un atelier et des chambres pour les artistes en résidence, une bibliothèque ainsi qu’une terrasse rooftop avec une cuisine où l’ouverture prochaine d’un restaurant est prévue. C’est là que nous nous asseyons autour d’une table pour discuter, avec une belle vue sur le quartier, mais aussi avec un arrière-fond sonore quelque peu inquiétant : les chants et les paroles interminables d’un prêtre de l’Église évangélique voisine, diffusés à plein volume. De toute évidence, l’objectif est d’atteindre également celles et ceux qui n’ont pas encore été convertis. Il semble que LOSA ait ici un concurrent…

Sur la terrasse, l’équipe nous explique plus en détail les trois volets du projet.

1. Promouvoir l’art contemporain (projet LOSA Résidence)

© Marie Guthmüller

Au centre de LOSA se trouvent les artistes en résidence, qui créent souvent à partir d’archives et de recherches historiques. L’artiste actuellement en résidence, Irna Mukendi, travaille avec des billets de banque découpés et collés sur des figures humaines dessinées sur des tableaux. Trois œuvres en cours sont accrochées aux murs : Le poids des ailes (sur les responsabilités et les dommages collatéraux du progrès), La file d’attente (sur la concurrence) et La grotte. En contemplant les peintures, on ne reconnaît pas immédiatement les billets de banque : de loin, on a plutôt l’impression de voir de la chair sans peau, des corps disséqués. Le rôle de l’argent ne devient visible que lorsque l’on aiguise son regard.

© Marie Guthmüller

2. Soigner par l’art (projet d’art-thérapie)

Il s’agit de comprendre l’art comme une pratique culturelle permettant de soigner une blessure, une maladie, un handicap mental ou les traces d’un passé violent. L’équipe de LOSA travaille avec des patient·es de l’hôpital psychiatrique de CNPP (Centre Neuro- psycho- pathologie)/ Université de Kinshasa, dans le quartier Livulu, dans la commune de Lemba. Nous regardons un film documentaire de Jeanpy Kabongo sur la situation des personnes souffrant de troubles mentaux en RDC et sur les séances d’art-thérapie menées par l’équipe de LOSA en collaboration avec des médecins et des aides-soignantes.

Le point de départ de l’équipe de LOSA est la question de la réparation, mais aussi l’expérience personnelle de Géraldine, qui a subi un traumatisme à la suite d’un accident avec le feu qu’elle utilise dans la production de ses œuvres. Comment trouver la force de continuer, de reprendre ? Comment se soigner ? Aujourd’hui, en RDC, les personnes souffrant de troubles mentaux sont souvent laissées seules par leur famille ; il arrive que les parents les expulsent du domicile familial et rompent les liens avec elles. Sous l’influence des Églises chrétiennes, anciennes comme nouvelles, la maladie mentale est parfois considérée non seulement comme un problème spirituel, mais aussi comme relevant de la sorcellerie. Dans le même temps, ces pratiques d’abandon sont liées au manque de soutien de l’État et au manque général de moyens financiers : les familles, souvent elles-mêmes confrontées à la pauvreté, se retrouvent sans ressources.

© Susanne Gehrmann

3. Faire connaître le patrimoine culturel et préparer une éventuelle restitution (projet Esprit des ancêtres)

Ce projet collectif a été lancé en 2019 avec l’historien de l’art belge Hans de Wolf qui nous a quitté le 24 juin 2024. Le Club des ancêtres cherche à imaginer une narration contemporaine pour une dimension spirituelle qui semble avoir été perdue. Une première édition a réuni onze ou douze artistes africains, dont une artiste sud-africaine « au pluriel » : elle est deux, elle-même et son ancêtre à l’intérieur d’elle-même. Géraldine a elle-même travaillé à partir d’objets conservés au musée de Tervuren, notamment des masques de justice du Bas-Congo. Même en tant qu’artiste en résidence sur place, elle n’a cependant eu qu’un accès très restreint aux objets conservés dans les réserves.

Géraldine est entrée dans cette problématique dès son enfance. Elle a été confrontée à l’interdiction des statuettes « païennes », alors que des statuettes de Marie se trouvaient partout. Cette contradiction suscitait chez elle des questions auxquelles seule sa grand-mère du Kasaï pouvait répondre. Celle-ci appartenait à l’Église protestante et était issue d’une famille de dix-neuf enfants ; elle est la seule à avoir survécu de toute sa fratrie. De manière plus générale, l’équipe constate une perte du patrimoine culturel congolais en RDC. Selon elle, les Congolais vivant au Congo semblent aujourd’hui moins concernés par les questions de restitution que ceux de la diaspora. Le cas des Congolais à Cuba est évoqué à cet égard : des prêtres de la religion kongo y existent encore, alors qu’ils seraient absents de la RDC. La rupture des liens avec les ancêtres et les morts est, dans cette perspective, d’abord attribuée au christianisme: l’interdiction de rester en contact avec les morts aurait progressivement affecté également les liens avec les parents vivants.

La scène artistique en RDC a elle aussi connu plusieurs transformations : d’abord dominée par les artistes formés à l’Académie des Beaux-Arts, selon un enseignement classique fortement orienté vers le style d’un « maître », elle s’est ensuite organisée en collectifs d’artistes, avant de voir apparaître aujourd’hui de nouveaux centres culturels. Ceux-ci restent cependant encore trop peu nombreux. LOSA s’inscrit ainsi dans un paysage artistique en transformation, en cherchant à réunir création contemporaine, soin et transmission du patrimoine. C’est précisément cette articulation qui donne au projet sa singularité : faire de l’art non seulement un espace de création, mais aussi un lieu de réparation, de mémoire et de vie collective.

© Susanne Gehrmann
© Susanne Gehrmann

Journées littéraires congolaises/ Kongolesische Literaturtage 01.-04.09.2026

Avec Charles Djungu-Simba (1er septembre, HU-Berlin); avec Nadège Kusanika & Fiston Mwanza Mujila (2. septembre, HU-Berlin, Dt. & Frz.); avec In Koli Jean Bofane & Joëlle Sambi (3 septembre, ambassade de Belgique); avec Richard Ali A Mutu K. (4 septembre, HU-Berlin) + table ronde sur l’édition en RDC. Tous les événements sont publiques (préinscription réquise à l’ambassade de la Belgique). Soyez la bienvenue et veuillez trouver tous les détails du programme ici.

Colloque du 1ᵉʳ  au 4 septembre 2026: DISSÉQUER & GUÉRIR. VIOLENCES DANS LES LITTÉRATURES CONGOLAISES

Il est désormais presque banal, mais néanmoins toujours nécessaire, de constater que l’histoire de la République démocratique du Congo (anciennement État indépendant du Congo – Congo belge – République du Zaïre) est marquée depuis des siècles par des expériences de violence extrême : mise en esclavage, exploitation des matières premières, colonialisme, décolonisation, dictature postcoloniale, guerres et conflits armés qui perdurent encore de nos jours. La littérature, qui était initialement parlée et chantée dans les nombreuses langues du Congo et qui, depuis l’époque coloniale, est également écrite – d’abord principalement en français –, sert de lieu où ces actes de violence sont dénoncés et thématisés. Les formes littéraires désormais variées dans lesquelles la violence au Congo est abordée et que les invités du colloque vont étudier ensemble, ont des fonctions sociales, analytiques et esthétiques différentes selon le contexte dans lequel elles ont été créées, le lieu où elles ont été exprimées, le genre et la langue choisie.

Partant de ce constat, nous souhaitons, dans le cadre de notre colloque, considérer « la dissection » de la violence, de sa genèse et de ses formes, comme faisant partie intégrante des textes littéraires, c’est-à-dire comme une forme possible d’aborder littérairement la violence coloniale et postcoloniale au Congo. Dans le même temps, il nous semble que la critique littéraire a pour objectif d’étudier ce que la littérature exprime en termes de souffrance causée par la violence, de deuil et de désespoir, mais aussi de résistance, de rébellion, de développement de la résilience et de réparation. Compte tenu de la violence persistante, des traumatismes et des injustices continus en RDC, la question d’une contribution possible de la littérature à la « guérison » nous semble être particulièrement pertinente. Le colloque réfléchit sur la contribution que peut apporter la littérature, sous toutes ses formes, pour surmonter les expériences de violence. Que peut signifier « dissection », que peut signifier « guérison » dans le contexte de la littérature congolaise ? Quels liens existe-t-il entre des concepts tels que la réparation, la résilience, la réconciliation et la guérison, qui sont abordés dans les récits et les performances (prose, poésie, théâtre) au Congo et dans sa diaspora mondiale ? Que proposent les récits qui traitent de la violence et/ou expérimentent des formes de mise en scène violentes, non seulement pour témoigner, dénoncer ou analyser la genèse des actes de violence, mais aussi pour mettre en place des processus de guérison, tant au niveau individuel que collectif ? Ce colloque explore donc le potentiel littéraire de la « guérison » et met ainsi l’accent sur les fonctions éthiques et sociales des textes dans les contextes spécifiques de la RDC.

Soyez la bienvenue et veuillez trouver tous les détails du programme ici.

 

Pour votre inscription au colloque et toute question le concernant veuillez vous adresser à infoaudeladestenebres.iaaw@hu-berlin.de            

Nomination au collège d’études avancées CURE á Sarrebruck

Susanne Gehrmann et Marie Guthmüller ont été sélectionnées comme Fellows au collège d’études avancées Käte Hamburger Kolleg for Cultural Practices of Reparation (CURE) à l’université de la Sarre.

https://cure.uni-saarland.de/en/

Elles ont présenté leur projet “Violence and Reparation in Literary and Filmic Narratives from the Democratic Republic of Congo” lors de la soirée inaugurale de l’année académique du collège.

https://cure.uni-saarland.de/en/research/research-projects/gewalt-und-reparation-in-literarischen-und-filmischen-narrativen-der-demokratischen-republik-kongo/